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 Le gavage est-il indolore?

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Bidalinouette
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MessageSujet: Le gavage est-il indolore?   Dim 10 Oct 2010 - 4:32



Droit de réponse votre article (1) Auteurs D Guémené ; G.Guy et J.Servière chercheurs à l’INRA

La lecture cet article m’incite à vous livrer quelques réflexions dont les thèmes s’inspirent des lignes d’introduction : « L’étude du système nerveux des oies et des canards révèle que ces animaux ne semblent ressentir ni stress ni souffrance pendant le gavage. Les volontés internationales visant à interdire la production de foie gras tiendront-elles compte de cette réalité scientifique ? » Dès le départ, les auteurs reconnaissent l’ambiguïté de leur propos : « ne semblent ressentir », n’est pas affirmer « que les canards ne ressentent pas »… Fort heureusement par ailleurs pour la réalité scientifique qu’ils évoquent ensuite, pour peu qu’on la situe dans une approche systémique. Car cette étude neurobiologique n’explore que certains facteurs physiologiques et anatomiques, dans des conditions expérimentales particulières. Une telle approche est tellement réductionniste qu’en généraliser les conclusions aux animaux soumis en élevage intensif, au gavage et à une stéatose hépatique extrême, me semble bien péremptoire. Restons sérieux. Ces paramètres sanguins, isolés, n’autorisent aucune conclusion quant à l’état de santé des animaux, vu dans sa globalité. Ils ne donnent qu’un « état des lieux », partiel. Ils se limitent à certaines capacités réactionnelles, soumises aux influences variées de l’environnement et du temps, ainsi qu’à la manière de réagir de chaque individu. Un animal n’est pas un autre, après tout…

Les auteurs n’hésitent d’ailleurs pas à dire qu’il faut retirer « toute composante émotionnelle et psychologique dont l’expression, liée à la complexité des structures cérébrales, est difficile à évaluer chez l’animal ». En d’autres termes, et toujours selon eux, l’animal ne pense pas et ne ressent pas d’émotions. Cette fois, nous faisons un bond de plus d’un siècle en arrière. De Descartes aux premières heures de l’éthologie, on pouvait concevoir l’animal comme une simple machine, réagissant chimiquement aux stimuli qu’on lui imposait. Aujourd’hui, je laisse aux éthologistes cognitifs le soin de commenter à sa juste valeur la pertinence de telles affirmations… Quant aux chercheurs qui limitent leurs études aux expérimentations en laboratoire, ils pourraient découvrir un jour en promenant leurs éprouvettes dans un univers plus vaste, celui du monde vivant observé dans toutes ses interactions, combien de certitudes s’effacent devant le spectacle du vivant exprimé dans toute sa plénitude.

Pourtant, de telles simplifications ne sont pas perdues pour tous ! Il n’y a ici ni naïveté, ni omission. Cette simplification à outrance est voulue. Elle est le préalable indispensable à la mise en place de toute la machine industrielle. Si l’animal n’est pas vu comme un objet, comment l’insérer dans une chaîne d’élevage intensif ? Le secteur sait comment utiliser au mieux les conclusions de tels protocoles expérimentaux. Qui accepterait de soumettre des êtres vivants à de telles horreurs, si on leur reconnaissait la capacité d’avoir une représentation mentale de leur environnement au sens large, incluant tout ce qu’elle susciterait - comme pensées et émotions - en réponse au mode de vie que nous leur imposons ? Affirmer ensuite que les « arguments opposés à la production de foie gras ne résultent jamais d’approches expérimentales » exclut tous les scientifiques pourtant rigoureux, mais non liés au secteur de la production(2), qui se sont exprimés sur ce sujet. Cette nouvelle simplification tend à réduire le débat à une confrontation entre protection et production animale, opposant les âmes sensibles d’une part, aux scientifiques objectifs d’autre part. Ce n’est pas le cas. De très nombreux scientifiques, tout aussi objectifs, ne se reconnaissent aucunement dans cet article. Mais surtout, une telle confrontation éluderait les vraies questions, notamment celle de savoir si ce que nous faisons est conforme aux valeurs que nos sociétés veulent promouvoir(3). Et là, les choses sont beaucoup plus simples. Il n’est pas nécessaire de faire appel à de savantes évaluations, juste au bon sens… Reste à voir ensuite comment chacun ajuste ses comportements à de telles exigences.

La production de foie gras, particulièrement en élevages intensifs, engendre des souffrances physiologiques et éthologiques aux palmipèdes. C’est un fait. La vraie discussion est de savoir si on l’accepte ou non…

Tout animal doit bénéficier d’un logement, d’une alimentation et de soins qui, compte tenu de son espèce, de son degré de développement, d’adaptation et de domestication, sont appropriés à ses besoins physiologiques et éthologiques, conformément à l’expérience acquise et aux connaissances scientifiques. (titre I - art 3)(4).

Tout d’abord, l’alimentation des palmipèdes(5) gavés ne couvre pas leurs besoins physiologiques. « Il s’agit d’un aliment déséquilibré, destiné à favoriser artificiellement un processus de transformation puis de dégénérescence du foie, appelé stéatose hépatique. Si un tel aliment leur était présenté dans des conditions naturelles, les oiseaux le refuseraient. A long terme, s’il leur était donné en quantités normales, ils ne pourraient survivre aux carences qu’il provoquerait ».

Pour ce qui est du respect des besoins éthologiques des oiseaux, j’ai assisté il y a quelques années (6) à une discussion entre représentants des différents gouvernements européens qui illustre de façon remarquable l’imagination dont nous savons si bien faire preuve pour ajuster ce que nous préconisons (en l’occurrence les conventions européennes en matière de protection des animaux de ferme) à ce que nous faisons (leur application soumise aux exigences du marché)…. Les canards et les oies sont des espèces aquatiques. Dans l’esprit de cet article, ils doivent avoir à ce titre un libre accès à l’eau. Or, des oiseaux concentrés en si grand nombre dans un espace restreint, rendent impossible - pour des raisons sanitaires évidentes- l’accès à une mare. La solution proposée après plusieurs heures de débat, fut de suspendre une pipette qui délivre l’eau - au goutte à goutte et à heure déterminée -au-dessus des têtes des oiseaux placés dans des cages de batteries… La liberté de mouvement propre à l’animal, compte tenu de son espèce et conformément à l’expérience acquise et aux connaissances scientifiques, ne doit pas être entravée de manière à lui causer des souffrances ou des dommages inutiles. (titre I - art 4 - par.1)(7) La mécanisation du système en batterie garantit un haut rendement, et la pipette « réconforte » le public auquel on assure que canards et oies en ayant « accès » à l’eau, restent bien des canards et des oies à part entière… Leurs ailes ne servent plus à voler. Leurs pattes ne servent plus à marcher. Leurs doigts palmés ne servent plus à nager. Mais cette goutte qui tombe à heure fixe sur leur tête et leur permet de lisser leurs plumes respecte leurs besoins physiologiques et éthologiques, « conformément à l’expérience acquise et aux connaissances scientifiques… » Que les souffrances soient liées directement ou indirectement au gavage, la finalité du processus aboutit à … un organe malade !
Aucun animal ne doit être alimenté de telle sorte qu’il en résulte des souffrances ou des dommages inutiles et son alimentation ne doit pas contenir des substances qui puissent lui causer des souffrances ou des dommages inutiles. (titre I - art 6)
(
L’affirmation selon laquelle le volume du foie n’affecte pas la santé des oiseaux n’engage à nouveau que ses auteurs. La thermorégulation est l’un des facteurs qui participe – au moment de la digestion – à provoquer un halètement chez les oiseaux. Mais, l’absence de diaphragme et la compression des sacs aériens par le foie gras démesuré sont - pour nombre de spécialistes en pathologie aviaire – à l’origine de la détresse respiratoire qui apparaît au terme du gavage. Les animaux sont alors incapables de se déplacer, ni même de tenir debout.(9)

L’article termine enfin, en invoquant le sempiternel argument selon lequel le foie stéatosé « ne reflète en rien une pathologie, mais correspond à un état transitoire réversible ». En d’autres termes qu’un tel foie n’est pas malade ! Je ne connais aucun thérapeute – et encore moins d’anatomo-pathologiste(10) - qui oserait soutenir pareille allégation, et cela pour deux raisons. Tout d’abord, beaucoup de pathologies, de toutes origines, sont réversibles. Fort heureusement pour le malade et le médecin. La réversibilité d’une lésion n’a rien à voir avec « l’état de maladie ». Tout comme une fracture consolidée ne signifie aucunement que l’os n’a pas été cassé. Il y a simplement… guérison ! La stéatose hépatique du foie gras n’échappe pas à cette règle. Le foie a une aptitude incroyable à guérir, à surmonter les agressions extérieurs. Bien plus que d’autres organes, comme les reins par exemple, dont les lésions sont bien souvent définitives. Cependant, si le processus de stéatose dépasse un certain seuil - celui de la capacité régénérative du foie - une telle réversibilité disparaît. Il n’y a plus de retour en arrière. Les canards succombent à leur stéatose, comme le montrent d’ailleurs les taux de mortalité(11) particulièrement impressionnant en fin de gavage… Si l’on prolongeait cette pratique ne fut-ce que d’un jour, la plupart d’entre eux y succomberait !

C’est pourquoi le rapport d’expertise(12) de l’union européenne affirme "En conclusion, il y a des preuves suffisantes qui démontrent que tant la structure que la fonction hépatique sont sérieusement altérées et modifiées chez les oiseaux gavés." . Cette dégénérescence du foie, orchestrée méthodiquement par l'homme sur un animal vivant, est directement et indirectement à l'origine de souffrances mises en évidence par de nombreux scientifiques(13) . Ce rapport insiste encore sur le fait que"les techniques traditionnelles de gavage se sont dramatiquement modifiées durant les trente dernières années pour rationaliser et industrialiser une production afin d'en accroître les bénéfices. Ceci a eu un impact direct tant sur les espèces soumises au processus que sur les conditions de détention et la composition des aliments livrés à la consommation. Ces modifications se sont faites sans aucune considération quant au bien-être animal. Il est évident que non seulement les conditions de bien-être n'ont pas été améliorées, mais qu'au contraire elles se sont détériorées."
Nous sommes bien loin d’une action militante des associations de protection animale pour discréditer un produit aux yeux de la population urbaine, comme voudrait la présenter cet article. Il existe bien un consensus, général, qui reconnaît la cruauté de cette pratique. Les seuls qui le nient sont les producteurs, en France particulièrement puisqu’elle représente à elle seule 80 % de la production mondiale. On comprend pourquoi la seule justification que lui accorde l'UE est d'ordre socio-économique. Pour le reste (14) le comité scientifique suggère des pistes pour améliorer à court terme le sort des oiseaux; et à long terme il préconise la mise à l'étude de méthodes alternatives au gavage." Tout simplement, pour mettre un terme à cette pratique que le plus élémentaire bon sens condamne, ainsi que les valeurs éthiques qu’il inspire à nos sociétés. Dr Yvan Beck


(1) n°10 de la revue "Cerveau et Psycho"(Juin-Septembre), éditée par "Pour la science". www.cerveauetpsycho.com
(2)
les travaux de recherche sur le gavage présentés par l'INRA sont financées par le CIFOG, l'interprofessionnelle du foie gras
(3) valeurs qu’elles affirment par des législations nationales et internationales.
(4) Conseil de l’Europe : Convention Européenne sur la Protection des Animaux dans les élevages - Strasbourg 10/03/1976 (1
(5)
Rapport d'un groupe d'expertise belge sur le gavage forcé (1996) : Dr JM Guilmot ; Dr M.Heymann ; Dr Y.Beck ; Dr C.Van Berchem et Professeur René Zayan.
(6)
en tant qu’observateur pour la WSPA (world society for the protection of animals) à Strasbourg
(7)
op cité 4 (Coolop cité 4
(9) op cité 5
(10) op cité 5
(11) selon les données de la filière elle-même (rapport économique CIFOG), le gavage tue chaque année en France plus d’ un million d'animaux…
(12)
rapport de décembre 1998 du Comité Scientifique sur la Santé et le Bien-Etre Animal émanant de l'Union Européenne
(13) Op cité 5 et, « Le gavage des palmipèdes et la production de foie gras: une approche globale d'un choix de société » - Mémoire de fin d'études dans le cadre DES en Environnement ; Université Libre de Bruxelles IGEAT ; 1994 ; Dr Yvan Beck ; Grande distinction
(14)
op cité 10
http://www.bio-info.be/pages/popupexpression/foiegras.htm

Yvan Beck, Docteur en Médecine Vétérinaire (université d’état de Liège), DES Environnement (université libre de Bruxelles)
123 rue Edith Cavell - 1180 Bruxelles (Belgique) ybeck@skynet.be - Tel: 0032 2 347 47 86 - [url=http://planete vie.org/]http://planete vie.org[/url]
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